Riffs de rigueur n °12 : Des privilèges de l’humilité.

Riffs de rigueur 12

Des privilèges de l’humilité.

Le silence n’est pas un cirque toutefois l’humilité ne possède pas que des privilèges.
Ce qui pourrait ressembler de loin à une blague de potache, en quoi, voulez-vous bien
me le dire,
l’humilité serait-elle entachée par ces grossièretés que sont les privilèges et
bien parce qu’il est parfois bien utile de méprendre son entourage,
ses auditeurs, sur le sens que l’on donne à nos souhaits réels et que nous les maquillons
d’une façon suffisamment équivoque pour que des intentions d’égo centré aient
l’allure d’idées
évoquées par un humble bonhomme.
L’humilité est la simplicité qui fait figure de modèle et qui passe plutôt
bien auprès des masses électorales, ses adeptes sont ces hommes
se revendiquant de la terre,
d’une certaine paysannerie, et qui dans cette simplicité éloquente, mènent une vie saine
et aspirent à des devenirs d’humbles gens.
La responsabilité n’est pas ici désignée, l’ambition et l’ego sont des mots indignes
tous soumis qu’ils peuvent être à cette nature incertaine et capricieuse mais
ô combien juste et reine,
ils n’en demeurent pas moins d’honnêtes hommes, parfois même de bons citoyens.
Les privilèges de l’humilité sont concentrés dans cette image,
véritable paradis du mérite et du respect,
tels des hommes conscients de leurs rôles « nous, humbles hommes,
nous sommes indulgents,
ne sommes pas possédés par des désirs égoïstes, l’intérêt général,
le bien pour chacun dans le respect de l’autre est notre credo».
Cette étrange projection a été maintes fois utilisée,
la simplicité étant ce que les gens apprécient le plus,
l’aspect accessible de l’homme presque tactile et chaleureux et qui ne
s’estime pas
supérieur parce qu’il a parfaitement assimilé les cycles de la vie et
que par son interdépendance
à dame nature se sait bien inférieur à celle-ci.
Ce seront les mêmes peut-être qui préfèreront un certain vocabulaire,
qui opposeront la pratique à l’intellect, ils incarneront à la perfection
sûrement cet état d’esprit
si particulier, l’expérience prévaut et par la taille de celle-ci une légitimité
en découle,
un C.V devenant une suite logique d’occupation de postes, une croissance lente
et méritoire,
en aucun cas désarçonnée par une quelconque démesure, occuper une place,
s’y installer avec loyauté,
y rester fidèle, ça se tient.
Je comprends parfaitement l’esprit fédérateur qui en découle,
il sait de quoi il parle puisqu’il
pratique cette chose depuis ce nombre important d’années.
Néanmoins, j’ai beaucoup de mal avec ce terme,
humilité, il sème la confusion et par un usage galvaudé est devenu un piège,
il est l’excuse narrative à la réussite d’un homme,
je lui concède un pouvoir,
une force,
le peuple aime les hommes humbles, à cela on pense modestie,
et à elle on peut ajouter fausse modestie ou problème d’ego.
C’est toute l’arnaque de l’affaire, se définir en ces termes peut
sembler digne de confiance
mais en fait on se fait rouler par ce type tout simplement parce qu’il
n’a pas confiance en lui
alors il se qualifie joliment d’humble, mais à cette méprise et à cette mauvaise foi,
se greffe l’erreur de jugement, il nous roule, nous nous sommes fait avoir,
il est malhonnête et voici qu’arrive tambour battant,
merci bien Conan Doyle : « Il est tout autant malhonnête de se sous-estimer
que de se surestimer
» dixit Sherlock Holmes.
Faisons donc gaffe à cette pratique courante d’inversion,
le type ne sait pas ou n’ose pas assumer sa valeur,
peut-être ne la mesure –il pas avec justesse ?
Il n’est pas honnête avec lui-même,
nous sommes peut-être nombreux dans ce cas, je vous donnerai un remède à
cela dans un instant,
pourtant il se présente à nos yeux comme le leader charismatique capable,
grâce à sa considération de certaines notions telles que l’exigence et le pragmatisme,
de nous apporter ce qui nous conviendrait le mieux.
Cela il le sait, mais qui est-il lui pose toujours un problème,
existentiel d’ailleurs, d’où nous parle –il lorsqu’il s’adresse à nous puisque de lui-même,
en son âme et conscience comme on dit supposerait qu’il sache pleinement qui il est,
mais ici,
il ne maîtrise pas ce sujet, par conséquent il suppute peut-être ou il nous
parle d’un ailleurs encore incertain mais qui,
petit à petit, à mesure qu’on le gratifiera de notre confiance, gagnera en clarté.
Son projet s’obscurcit tout à coup à nos yeux car comment peut-il en avoir un ?
Y avoir réfléchi avec ces capacités réflexives d’honnête homme sans
connaître les mensurations
exactes de ses pourtours ni être à même de qualifier ce qui le définit, le caractérise.
L’homme humble est tout sauf honoré par des titres,
il ne se gargarise pas de son pouvoir, ne jubile pas de l’effet qu’il
provoque chez les femmes,
ne se sent pas concerné par une légion,
ne sait même pas pourquoi lui-même est désigné par ses pairs.
Ses confrères et surtout ses consœurs lui renvoient à son visage
éclairé non pas d’homme humble mais de bon duelliste capable,
coupable peut-être de ces infortunés
désirs de chaland, une impression de rareté.
Certes c’est peut-être ici que le bât blesse puisqu’il s’est lui-même mépris
sur cette impression, l’humilité est chose rare alors s’est-il dit
en son for intérieur
conséquent,
qu’il était fait de cette particule, ne lui en voulons pas,
il est vrai que s’il ne s’était point emballer pour cette étrange opposition,
pratique versus intellect.
Nous lui aurions foutu la paix, et dans ces entrelacs incertains de la lisibilité,
nous ne l’aurions ps même remarqué.
Pour ce qui est du conseil, il me semble important de considérer sa vie,
c’est-à-dire son parcours, son chemin,
sa route, tout dépend ce que nous avons emprunté pour arriver ici,
à cette lecture distrayante.
D’où nous sommes nés à ces jours –ci qu’avons-nous vécus ?
De quelles manières avons-nous expérimentés ces situations ?
Ont-elles été nombreuses ?
Si, c’est le cas, de par cette énergie folle et ce violent appétit qui semble nous
avoir animés durant ces luttes fratricides
pourquoi manquons-nous de confiance en nous ?
Ah, et j’oubliais, une dernière question, de qui sommes le fils ou la fille,
à cela j’enlève la responsabilité et j’ajoute la pertinence, ce qui donne,
je suis fils ou fille de, et alors.
On en conviendra ensemble, de cet ensemble joliment amené que nous sommes
capables
de former à cet instant, soyons considérateurs de nos voies empruntées,
si des cailloux nous ont empêché de filer droit ou nous ont fait claudiquer,
si des palanquées d’oppressions nous ont été donné à saigner,
soyons honnêtes avec toutes ces années.
Ne les surestimons pas, ne les réduisons pas en usant et abusant de ces
principes déconsidérateurs
ou réducteurs tant à la mode, pour autant ne nous imaginons pas être
les seules
victimes de ce système
ou de cette Histoire, nous sommes très nombreux à partager le même
espace vital,
les collatérales existent bien,
il se peut d’ailleurs que dans vos chaussures
il n’y est pas eu de caillou
mais que sur vos épaules,
vous ayez été écrasé
par un poids ou un mépris,
et que dans ce mince filet
d’existence,
vous ayez dû faire
appel à
l’humilité
ou à ses
privilèges.

Restons tranquille.

Ruhe- le Cirque.

Riffs de rigueur n°11: De l’oppression de la facilité.

Riffs de Rigueur numéro 11

De l’oppression de la facilité.

Lors d’une arrivée, on espère que le port soit bon, le bon port, à bon port,
que cet avant-port possède les ajouts nutritifs nécessaires à nos actions expressives,
que cette ville ne soit pas de seconde zone,
la seconde chance de l’embarras, l’arrière-cour,
le derrière de la scène,
qu’elle porte en elle les prémices à rebours d’une vie cérébrale.
On souhaite l’adresse porteuse,
que la rue ne sera pas crainte,
que le chez soi ne sera pas enfermement,
que cette gare ne sera pas inaccessible,
que ses trajets proposés seront autant de possibilité de
promenades
nourricières, que Paris ne lorgnera pas trop de son côté,
que les heures seront significatives,
que les idées ne resteront pas fictives,
que la vacuité des jours ne remplira pas de son air nos instants,
on se souhaite du travail, encore du travail, des pistes,
des lieux,
des endroits propices, des énergies porteuses,
des évolutions encore et toujours, des maintiens,
des racines prêtes.
Après des mois encartonnés, mes présents de valises sont posés sur
cette sonorité,
à une année d’intervalle,
la tentative de cette autre avait échoué gare Montparnasse,
la faute au Mans.
Rouen et non Rennes, Rouen et non la rivale bretonne de cette autre ville
patriarcale et fraternelle : Nantes.
Non sans évidence, après ces mois de morts,
les semaines et les minutes sous
mon pouvoir nominatif avancent,
de cette fenêtre, je ne suis, pour l’instant, point vue.
Mon poste d’observation me demande un temps d’adaptation afin
qu’il puisse devenir
ce lieu fécond et intransigeant,
j’espère.
Ma loi requiert une certaine installation,
des mises au point,
une focale stable et une aisance psychique.
Que de cette adresse vais-je voir éclore ?
Qui subsistera ?
Qui verra sa peau rachetée ou éconduite ?
Combien d’écrits seront abandonnés ou transfusés ?
Un nouveau, un sol neuf pour les pieds de mes réflexions,
un matériau riche ou pas en débats d’idées et en escarcelles ?
Sous l’occupant désir d’être chez moi,
je me suis confrontée à l’oppression de la facilité.
Opprimer par sa disgrâce, oppresser par son manque d’air,
la facilité est anxiogène, d’humeur, dans l’air du temps jadis,
elle est conspuée aujourd’hui tel un crachat de l’impossible,
mauvaise femme,
mauvaise fille, le facile est le bas engendré
par la mauvaise vie, le non abouti, le sans but,
sans ambition aucune,
le facile opère et donne des résultats évidents,
il est privilège, il est indigne de mérite pourtant notre environnement,
tel que la consommation et l’offre de services,
voudrait que nous ayons une vie facilitée.
Ne sont retenus,
pour que cette rhétorique fonctionne, que le désir,
le besoin et la rapidité, sont occultés le refus,
la malchance,
le manque de moyen,
sont ignorés la nécessité, la véracité
de l’offre et du besoin, la teneur du désir n’est pas étudié,
faire le malin semble être la règle, qui que nous soyons,
libres et égaux en droits, soyons malins.
De toute cette mascarade,
je ne perçois qu’une meilleure façon de nous mépriser,
de nous jalouser, de nous confronter à l’inégalité
qu’elle soit technique
ou financière.
A la lecture de ces offres commerciales
malines et moqueuses de nos principes d’égalité,
je ressens une gêne imparable et constitutive,
en réaction,
je m’oppose par conséquent me prive, m’empêche,
me libère.
Je ne souhaite pas être opprimée par ces propositions qui en aucun cas
ne doivent être considérées comme des impératifs,
je ne suis pas d’accord, je ne partage pas,
même si l’offre est plus proche,
je désire m’éloigner, même si elle semble plus
séduisante et moins chère,
je ne veux pas de son incarcération.
Je suis réfractaire à cette multiplicité d’offres alléchantes
et avantageuses, je me place contre elles, ne fédère pas,
ne suis pas sous leur obligation oligarchique,
ne suis pas une fidèle.
Dans cette ville nouvelle où mes pas reconnaissent déjà le pavé,
ce qui n’est peut-être pas un gage d’assurance,
je ne suis pas partageuse de cet espace-là, je n’irai,
ne me rendrai,
ne me livrerai pas au marchandage de cette enseigne.
Je ne connais ni sa date d’arrivée sur ces terres désormais miennes,
ni les conditions de celle-ci,
je ne vois que sa puissance, que son règne et ses sbires enfermés
en cellules,
ah, terrible centre commercial Saint Sever !
Je renâcle, préfère un concurrent plus fidèle à mes bons souvenirs
tant pis
si c’est plus cher,
tu es, de mémoire,
présent depuis Saint Parre aux tertres jusqu’à Bernay,
en passant par Conflans sainte Honorine et Carrières sous Poissy,
je t’ai visité, ai rencontré tes allées, et même encore récemment
t’ai fait
du chiffre à Pontoise dans des conditions que je ne saurai ignorer.
Tu es cette appellation, Leclerc, tu es celui que j’ai découvert dans ce
département meurtrier de l’aube, tu es celui qui est lié à mon
passé émotionnel
le plus terrible,
tu es lié au désaveu, à la mort par deux fois,
à un début d’âge adulte difficile, dans mon inconscient,
je ne t’aime pas.
De toute ma vie de consommatrice,
je n’ai accepté de carte de fidélité, n’ai voulu faciliter l’accès à mes
informations personnelles,
pourtant,
j’ai rempli mes listes d’envie sur Amazon,
me suis rendue pour enfin destituer virtuellement Facebook de mes données
cartographiques élémentaires mais possède à mon actif deux abonnements de téléphone.
Par ce besoin de satisfaire mes actions
réflexives, j’évolue, en effet, sous la coupe d’un désir imputrescible et
inflammable de résister
à la facilité, je participe à l’écriture de ce blog.
Corrompue par mes choix précédents, je ne servirai pas de cobaye à la facilité,
ne lui accorderait aucun crédit. Persister dans mes actes de rébellion quotidienne
me parait être une bonne réponse,
un retour à des années administré par son joug, je me suis abstenue et
ai refusé de me servir de moi par mépris de la facilité
trop ennuyeuse et bien moins salutaire que sa consœur, la difficulté.
A y réfléchir un peu moins vite, je suis obéissante,
j’aime mon désordre et les vertus qu’il possède sont immenses,
il sait me cacher, me perdre, me masquer,
il m’a permis de construire ma vie sans plan ni logique,
la primeur de l’instant,
les chutes et les plats furent fréquents mais aujourd’hui à nouveau
sous le seuil
et ce à moitié de celui-ci,
je ne suis pas libre mais belle et bien opprimée par tout ce qui constitue
cet alentour,
dans cette situation si particulière de l’empêchement,
je résiste et je me le dois
car si je devenais cette bonne élève,
je me placerai sous une autorité bien pire encore,
certes je suis dans l’impossibilité
de satisfaire beaucoup de mes désirs mais qui sont-ils face
à l’armée
de la réflexion ?
L’argent manque,
les dettes et les sommes seront gérables dans un avenir,
ces contingents ne doivent pas devenir une obsession,
ils nous paralysent,
je le sais mais pour combien de temps et dans ce temps que l’on se concède
que faisons-nous ?
Un éloge de l’instinct de survie et nous offrons à cette oppression
de la facilité,
qui voudrait nous faire accepter
n’importe quoi,
une gifle mémorable.

Ruhe- le Cirque.

Riffs de rigueur n ° 8: De la dissonance.

Riffs de rigueur numéro 8

8. De la dissonance.

La désobéissance, protéiforme et nécessaire,
pourrait appartenir au squelette de la dissonance.
De sa signification brute à ses spécialisations, de ses codes déliés à ses normes sonores,
des bruits de fond sont même référencés dans son catalogue,
quelle est aujourd’hui la pertinence de la dissonance ?
Les dialogues dissonants sont confrontés à leur propre vulgarisation,
au même titre que la pertinence ou encore l’éloquence.
Point d’éloge ou de virtuosité, cessons les amalgames ou les mises en beautés
de ces rayonnages.
La dissonance pourrait être cette partisane aux quelques effets disgracieux
mais elle peut également être cette apatride,
où se situe elle ? Dans un premier temps, sa définition nous permet-elle de tomber
d’accord
sur ce que nous en aurions compris dernièrement,
dans un temps second ou tiers nous réfléchirons au processus d’association d’idées et
aux nombres de faces que possède un mot.
De l’utilisation intervient alors car souvent nous prenons un mot
pour ce qu’il n’est pas et l’habillons de telle manière à
ce que nous puissions tromper nos confrères.
Dissonance : Rencontre de sons qui ne s’accordent pas,
effet désagréable dû à leur succession ou à leur simultanéité,
incohérence harmonique qui appelle une consonance en musique,
désagréable à l’oreille.
La dissonance appartient au monde de l’étrangeté,
elle se situe a contrario de l’esthétique,
sa singularité a pu être confrontée à des phénomènes de mode,
répulsive et trop ingérable pour exister d’une manière régulière,
elle est donc élitiste et c’est tant mieux comme ça si on en croit sa définition.
Révolutionnaire, résistante aussi à l’ordre, incasable dans un élan de générosité,
soulignant aussi la capacité presque
outrancière de son utilisateur,
certaines figures de style ont prouvé que leur application pouvait paraître
calculatrice,
une forme de pragmatisme verbal usé trop usé qu’il en devient complètement
concordant et qu’à cette chute attendue
tous nos espoirs s’effondrent. Ne pas s’accrocher à une dissonance,
elle a l’image de l’inconstance,
elle semble par sa disharmonie substantielle ne pas être très solide,
et si l’effet est manqué, il me parait difficile
sans avoir une parfaite maîtrise de la voltige de retomber avec aisance
dans les bras du respect.
Stupéfaction, arrêt, retenir, il semble qu’elle serve à cela, un coup de bluff,
parce qu’assez dangereuse et
pourrisseuse des autres racines de nos mots, elle a dû peut-être disparaitre ou se
faire d’une rareté exemplaire si
bien que dans ce paysage de dialogue sonore, rien ou si peu puisse être dissonance.
Elle en ressort grandie et plus puissante, peut-être, pour quel usage et
dans quel but est-elle aujourd’hui utilisée ?
Suis-je dissonante lorsque je parle de révolution ?
Très certainement, le suis-je toujours lorsque malgré mon ego vorace,
je parle d’humilité ? Il se peut qu’elle soit utilisée à des fins peu
recommandables,
une forme de fausse modestie avec l’usage contant des « assez »
pour ne pas dire c’est certain, exemple : « ma candidature est assez légitime»
signifie je suis fait pour cette fonction, « ma femme est assez belle »
veut dire la même chose sauf que nous ne sommes pas dans la dissonance pure car les sons
de ces mots mous ne sont eux pas dissonants.
Un mot possède plusieurs faces et plusieurs épaisseurs et
par ces couches de laves en constantes évolutions pour ceux dont on aime l’allure
ou la forme, les mots ont des pouvoirs schizophréniques étonnants.
Aujourd’hui les mots sont choisis pour leur impact sonore sur les masses,
l’inconscient collectif n’est pas dur d’oreille.
Marketing sonore quand tu nous tiens…
La dissonance sera la somme de ces sons impossibles à rassembler
tant ils sont immariables voir infréquentables
pour certains, ce qui fait un bon titre tient parfaitement la barre de
cette rhétorique,
le son des mots choisis doit suivre un ordre harmonique pour sonner donc taper juste,
le son d’un titre, c’est tout.
Je ne peux m’empêcher de penser à la beauté des titres de Kant comme vous l’aurez
aisément constaté.
La dissonance est-ce le foiré ? Ou peut-elle créer un effet tel qu’elle serait
à même de supplanter le beau et le bien foutu du rythme esthétique ?
N’ajoute elle pas un peu d’air et par ce souffle de révolution pourquoi pas,
n’encourage-elle pas à la thèse de l’affranchissement du langage sonore ?
Je ne puis vous dire combien de faces comporte ce mot,
l’affaire est intéressante mais les digressions me tuent et les associations
qui s’emmêlent pour ne plus finir de me faire tourner en rond,
je n’en ai plus la patience.
Apprenons à nous méfier de l’harmonie, non pas qu’elle soit suspecte
mais qui détient les codes de son existence ?
Qui la valide, l’estampille ? Des généraux du beau ?
Pouvons-nous décemment leur faire confiance alors même qu’ils crachent sur la différence.
La dissonance serait acte de bravoure, faire jouer la laideur ou le mélange
raté reviendrait à faire preuve de tolérance,
elle n’est pas apatride, elle appartient à des registres mais comme le plus grand
nombre d’utilisateurs de ces registres préfère le style, le son qui tape,
le tapinage du bien léché ou encore la réplique qui tue ou qui nous emporte aux confins
des rivages, ils ignorent et ne souhaitent surtout pas savoir que cette définition existe,
elle est disharmonique,
elle ne respecte donc pas les consignes, je n‘en veux pas.
A l’écriture de quelques phrases,
je me rends compte moi-même de ma difficulté à créer des phrases dissonantes :
Une truelle gerbeuse vint se claquer l’écran contre cette soirée manquée.
Faire gaffe à notre naturel qui construit tout seul ses harmonies,
créer des mots dissonants les uns des autres,
c’est se résister, ne pas plier sous le poids de notre inconscient qui ne cesse
de nous envoyer des mots toujours
plus sveltes, c’est se désobéir.
Cette gymnastique requiert une bonne forme cérébrale et peut-être une richesse ou
pourquoi pas une pauvreté, non, une richesse de vocabulaire,
elle serait ce paysage lointain difficile d’accès et
dur à explorer, une forme de complexité, une rigueur aussi.
Faire attention à soi revient à se méfier de soi-même,
de ses automatismes, à se défier car le duel entre les faciles qui coulent
et ceux qu’il faut se galérer à chercher est bien réel.
Tout ça par jeu car la dissonance forcée comme c’est souvent le cas engendre
des suites de mots sans queue ni tête.
Me direz-vous, quels efforts pour cette chose qui ne veut rien dire,
nous pouvons nous demander (c’est encore l’histoire des faces)
le sens caché des mots peut –être que celle –ci révèle ?
Le lapsus n’existe pas, je n’ai rien dit que je n’ai pas contrôlé,
ça c’est intéressant c’est l’idée de tourner sept fois
sa langue dans sa bouche, pour ne pas que cela soit,
j’ai réfléchi et j’ai choisi.
Dans le contrôle apporté à mes décisions par mes choix de mots dissonants,
je me suis désobéi.
Je ne me suis pas écouter parler quoi que l’attention parfois exige ce type
de comportement,
dans le contrôle,
je me désobéis, j’empêche mon cerveau de décider, je crée donc
je suis dans une attitude de rébellion.
De la noblesse de mes pas, je ne privilégie pas mes facilités linguistiques,
je travaille à la structure de mes phrases
en les privant d’un sens certain, je dégage la pertinence de
sa charité en
congédiant mes mots mais c’est avec la pleine conscience
de cette tragédie que je m’essaie à la disparition
de mes sons,
en toute allégresse,
je m’offre l’exode.

Ruhe – le cirque.

Riffs de rigueur n° 5: De la charité.

Riffs de Rigueur numéro 5

5. De la charité.

C’est ce sans appel notoire de l’assistance défaite qui m’amène aujourd’hui
et déjà hier à entendre de la charité.
Certains jours de fortune abandonnée furent une expérience sensorielle troublante
en câbles et attaches vicieuses
pour mon esprit amèrement chevillé à mon cœur. Ces fois banales de ne plus avoir,
ces persistances de sans ou de pas assez voir de trop peu,
qui assemblent gauchement les jours avec un mépris discordant,
au point de nous convier à
les supprimer de notre temps humain, m’ont souvent donné à vivre
ces trous dans mon espace corps.
Je me tournai alors vers ces lieux ou endroits où politiquement
je ne correspondais pas aux logiques,
où le front de mes dents ne pouvaient truquer ces inaperçues sonores,
ces bancs ou assises métalliques et ces tables basses ne dégelaient plus rien,
je me faisais attendre. La charité, à tendance ou à étiquette associative,
allait se surprendre elle aussi à ne pouvoir m’aider.
Point de dévasement, point de peine,
les jours n’y sont pour rien si leur nombre est trop grand,
des mois peinent et d’autres nous portent,
des saisons nous arrêtent hors de l’intérêt et ces temps qualifiés
de morts sont nos jours de vivants.
Contre l’échange de données ou de temps est la rhétorique du bénévolat,
rien ne se passe dans un assistanat forcé même si les heures sont
ailleurs et que nous sommes autres,
les propositions sont ainsi dûment présentées,
un programme de sauvetage du pauvre,
du malchanceux est alors, en ces termes,
enclenché.
Ces sommités répugnantes que l’on appelle politique,
orientées plein nord et
cap sur l’ignorance de Démos,
sont en partie la raison de ces gouffres mortels où l’on travaille à défigurer
nos vies et où l’on opère nos profils de telles manières à ce que nous soyons
privés et dévalisés.
Foutus, dirons certains nihilistes,
victorieux d’un système public, nous serions privés de nos existences
car qu’est-ce qui fait notre identité ?
Ces estampillages administratifs,
mais à quoi tient notre identité ?
Notre libre arbitre, si tant est qu’il soit encore en vie,
en prend chaque jour pour son grade mais il nous faut dépendre et
contourner sans que cela soit à nos dépens collectifs.
Nous revoilà, dans une autre localité,
avec ce rendez-vous,
là où peut-être un colis de ce que nous ne mangeons pas sortira sa gueule,
là où une épicerie associative sera, si ça se trouve,
ouverte et non uniquement factuelle, quelle sera ma récompense ?
Mes offrandes aux dieux dividendes et à la charité sont des factures morbides
déguisées en impayés pondérables,
des tourments de chiffres qui ont virés aux griefs
répétiteurs, des sommes encore et toujours se sont placés sur mon fil.
Lessivée, épuisée,
la malignité de la situation est telle qu’elle pénètre
tous mes tissus encore vierges,
j’envisage au mieux cette présentation de misère,
tout en ayant conscience qu’elle s’effectuera sous des cieux de frappes et
que mon corps rabougri par sa honte ne parviendra presque plus à me montrer.
A l’ambivalence pleutre pourra répondre mon énergie et faire briller
les heures de ce jour, qui sait, les sons de nos voix n’intéressent personne alors
telle une suite infernale de réponses,
refus, demandes,
sorties, idées, d’endroits et d’envers,
de vêtements en affaires auront,
eux, leur point route économique et notre patrimoine cellulaire,
lui, une sévère envie de crier.
Ces cycles sont longs presque aussi long que ceux de l’empathie argent,
l’issue, les propositions,les concordances, les correspondances, les envois,
les terminaisons nerveuses ô combien sollicitées,
la foi taraudée, les yeux bandés,
il me faudra conquérir j’imagine ce respect,
les fonctions sans honneur de cette charité.
je ne pourrais m’empêcher de penser à ces heures où les autres et
ce moi étions en ce dessous de cave paroissiale,
ses mains rivées sur le ticket numéroté, en nombre et
rangés à heure d’arrivée,
chariots et pourquoi pas sourires aux fiefs,
nous nous tournions le dos. Nous étions tous à ce vis-à-vis de la misère
tandis qu’à nos paumes vides se tenaient des poignées de vivres
inutilisables et
qu’à ces sacs pleins de ces fonds creux sonnaient
les cloches
de notre infatuation,
nous nous quittèrent
sans jamais éprouver
le désir du devoir.

Riffs de Rigueur n°1: De l’immodéré du principe.

Riffs de rigueur numéro 1

1. De l’immodéré du principe.

D’où est cette modération et à quoi tient-elle ?
En quoi un protocole éducatif ou sociétal pourrait nous paraître modéré ?
Un principe n’est ni un précepte ni une rigueur morale à
laquelle on n’oserait déroger,
il est dépassé, circonscrit, local parfois perçu comme rigide et
souvent associé à une sécurité,
principe de précaution ; Selon nos principes car
souvent au pluriel avancés,
nous marcherions dans telles ou telles directions,
nous ferions ou
pas tels ou tels choix, etc…
Le principe est par définition adaptable à toutes les partitions subjectives
ou non,
un reliquat est possible en ce cas le principe devient ordre.
Par principe revient à dire « c’est selon » alors
que « selon mes principes » parait plus ordonnateur et souvent imparable
en justification,
à cela rien ne s’oppose ou ne parait s’opposer.
« Derrière mes principes je cache ce que je veux,
là tu n’es pas habilité à aller »,
un « acces denied »
en quelques sortes, « ne te mesures pas à mes principes,
tu ne l’oseras pas car
tu nous fâcheras et
quelles poids pèses-tu face à ceux-là ?» ;
ancestraux parfois,
les principes d’ordonnances
familiaux sont plus robustes
car installées au vent depuis plus longtemps,
un gage de respect en somme est alors énoncé,
qui oserai défier le temps, des principes ?
Il faudrait être bien novice en pratique sociétale
pour oser défier et bien irresponsable
par conséquent dénué de toutes formes de maturité et donc d’intérêt.
Récurrente offense à la liberté de mouvement,
le principe n’a guère gagné en mobilité
depuis quelques temps faute
de considération historique précise,
le quelques temps est à comprendre comme longtemps,
longtemps pour une vie d’homme ça peut,
ça doit sembler énorme.L’immodéré,
l’immodération serait-ce la clé,
sans modération,
sans altération modératrice,
que devient le principe, s’étend-il,
gagne t’il chaque jour des jours de vie ?
Usé est le principe d’origine au point de ne pouvoir davantage
s’émanciper en paysage lointain,
user de toutes nouvelles particules il ne pourrait se le permettre car
il ne pourrait se relever de pareille greffe,
toxique sont les nouveaux systèmes de pensée pour cet ordre-là.
Néanmoins Sanguin, de famille en père et fille,
l’ordonnance ainsi refilée,
et de fil en aiguille ainsi parachevé,
l’ordre sans être de taille n’en reste pas moins à hauteur d’homme.
Au fur et à mesure des décennies,
il a gagné en branches sur cet arbre et de ces pyramides constructives,
que lui reste-il, a-t-il fluidifié la sève
ou va-t-il achevé l’arborescence sanguine ?
Que reste-il de son vieux lit?
Le vieux a fait place neuve, débarrassé ?
Embarrassant encore les quelques embrasures de
ces maudites familles,
il a cédé du terrain,
a fait sang de sa peau, calomniant certains dialectes,
divaguant sur d’apatrides synonymes tel que l’honneur.
L’ordre sans être divin ne s’en est pas moins senti sacré sauf
qu’il crève aujourd’hui
de faim dans ces familles
pauvre en protocoles adéquats.
Ce vampire aux dents roides a la soif immense des grandes reliques,
sa morale gifleuse et hésitante
n’hésite plus à se départir de ces processus d’assimilation des masses,
quelle ascension effrayante que cette sombre
rigoriste a vécu, c’est une cruelle avenue que s’offre celle-ci
dans le monde des hommes.
Les miens,
les nôtres de mon jadis n’avons que trop mal communiqué dans notre arbre pour
que nous ayons pu recevoir d’une main assurée
une part belle de principes.
Une éducation notoirement absente elle aussi,
m’a parfois obligé à faire seule.
Mais libéré de ces jougs aliénant diront certains,
j’ai pu me jeter dans l’étude
conspiratrice des différentes formes de legs.
A commencer par celui immodéré du principe,
la gestation de cette nouvelle mesure
m’a conduite à reformuler mes directives,
à celui que je pouvais percevoir comme tel,
s’ajoutèrent des variables ajustables
ou non, des pertes de raison,
pour certains, séculières, des emprisonnements verbaux pour d’autres.
Adouber ainsi la loi du plus fort,
entendez par là celle du puissant légiférée par
notre bienséance nauséabonde d’inféodés
partisans devint le nouveau principe.
Que dire en outre à ce constat impossible à dresser,
que les langues boueuses ne se dénouent pas que les fils et
filles ne sont pas de bons opportuns et que le hasard
n’aime guère ces formes précaires et erronées du calcul.
Nous sommes de mauvais joueurs et
de bien mauvais perdants.

Ruhe , Le Cirque.