Expo Tribute to Marcel Duchamp, Rouen

Hier, 5 avril 2018, c’était vernissage. L’exposition, en question, « Tribute to Marcel Duchamp » à l’hôtel de Ville de Rouen. Je fais partie des 40 artistes invités pour cet hommage à l’occasion des 50 ans de la disparition de Duchamp. (Né à Blainville- Crevon (76) et enterré au cimetière du Monumental à Rouen.) Tout cela, je ne le savais pas en 2014, lorsque j’ai débarqué dans cette ville et ai eu bien du mal à le croire lorsqu’on me l’a raconté. Il s’est passé beaucoup de choses depuis. Mes premières investigations au sujet de l’image datent de Paris, alors que j’étais spectatrice d’une exposition à la MEP (Maison européenne de la photographie) et que je découvris, Erwin Blumenfeld. Mais, pour être plus près de la réalité, je crois que l’image est entrée dans ma vie avec le cinéma, donc beaucoup plus tôt. Ce pourquoi, l’écran, la surface écranique, le générique, la scène, le décor et l’ambiance marquent profondément mes productions.

Fragments d'un objet déprécié

« Fragment d’un objet déprécié » est une réflexion sur  la désuétude et la sacralisation de l’écran. Objet observé sans relâche qui mit, à ma disposition, toute une production cinématographique, objet enfermant, vase clos mais aussi, accès. Il est ce paradoxe existentiel qui m’a servi d’écho et de medium pendant ces 4 années incursives et pulsionnelles de création et d’expression. Les phases notables, dans l’évolution de mon univers photographique, sont très simples à appréhender, il y a eu couleur, sépia, noir et blanc et couleur. Il y a eu images puis gravures. Mots, métaphores et paraboles.

En 2014, je commence à travailler ma seule matière première disponible, la perception de mon image et tente alors la narration d’une succession d’épreuves. De l’approche de la désertique à l’hystérie du montage, du deuil à l’obsession du foisonnement voire de l’excès, du brouillard à la clarté, il s’agit d’un passage au travers le temps qui comporte bien peu d’escales.

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C’est en fouillant, dans ce monticule numérique incroyable que peut être un disque dur, que j’ai pris la pleine mesure du nombre de photographies que j’avais conçues, montées, imbriquées et retravaillées en 4 ans, près de 7000.

Je suis passée d’une image portrait empreinte d’émotion à la mise à sac de mes convictions. La réalité qui ne peut être contournée. La frontalité de l’objet en proie à disparaître. De là, a surgi, une obligation cartographique d’un objet mémoriel: la cabine téléphonique.  La question morale de la trace était, de plein droit, l’objet de mon travail. Ici, les restes d’une machine inscrite aux anciens abattoirs de Petit- Quevilly, découverts peu de temps avant sa démolition que j’ai souhaité signer comme on marquerait une bête.

To Petit Quevilly boule à neige

Peu de temps après, des instants, qui me semblait tout traduire, se présentaient à mes yeux. Puis, ces motifs, ces impacts se sont réintroduits dans mes expériences: après la disparition, il me fallait traduire l’absence.

ultra marins IPL

La couleur, toute puissante s’est, par moment, évanouie, trop brutale, trop complexe à domestiquer, ou alors, en passant par des stratagèmes et user d’homothétie pour pouvoir l’ingérer à une production exploitable. C’est pour cette raison que je suis arrivée le jour de mon vernissage du 16 mars 2018 avec beaucoup de stress. Pour la première fois, j’allais donner à voir cette couleur sans pitié à même d’envoyer valser quiconque s’en approche et qui n’est pas digne.Elle, qui ne pardonne pas l’erreur, l’approximation. Très difficile à maîtriser. Je me l’étais interdite durant 3 ans, par peur de ne pas être à la hauteur de ses exigences pigmentaires. cette matière couleur m’a fait plus d’une fois déchanter, quitter le medium photographique car je ne parvenais pas à franchir, à dépasser un cap.

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Pour « L’ordre des choses « , j’ai produit 8 images couleurs. Le tome 1, présenté en  bibliothèque, m’a demandé de leur apporter une autre intégration. Toutes étaient là, dans des vitrines, jamais seules, comme si je ne parvenais toujours pas à les livrer à la rigueur d’un mur.  Un geste précieux pour ce qui m’a demandé beaucoup de temps. Un acte respectueux presque sacré.

Hier, avec ma participation au demeurant très petite par sa taille comparée aux œuvres présentes, je me suis sentie tendue. La vulnérabilité, le refus de la cimaise et du cadre, son contrecollage aux bords francs, elle se trouve être dans ce couloir d’exposition avec son cartel incompréhensible. Plus proche de moi que toutes les autres, elle et son inscription artisanale sur le front: « Welcome to the object land », cette femme en gros plan aux yeux abîmées par le face à face écranique, c’est l’instant T d’une narration personnelle, sans fictivité aucune.

IPL, avril 2018.

 

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Surface insensible

Je n’avais pas été très séduite par le code couleur, un vert trop fort….ni par l’ambiance de l’affiche…Toutefois, je décidais de répondre à un appel à photographies dit « concours « de l’association Surface Sensible. Le thème: Géant. De cette surface cessible, je ne connaissais que peu de choses et n’avais pas eu le courage jusqu’alors d’aller à Caen. De ce mot Géant, je ne voulu préserver, comme interrogation première voire primitive, uniquement, celle du plan. Mon géant serait un femme et elle serait trop grande pour entrer dans le cadre. De surcroît, elle serait perçue et perceptible que par un axe: son dos. Accolée à ses deux comparses de droite et de gauche, elle serait ce fessier plein cadre. Pourquoi: un géant serait un mannequin et il ne garderait d’humain que ses formes. Il serait femme, je l’ai déjà dit, il serait sculpture, il serait habitacle. Ces trois mannequins ont été pris en photo en 2015, lors d’une sortie photo à l’Opéra de Rouen (Théâtre des Arts). Elles étaient ou ils puisqu’on dit un mannequin étaient en attente d’une tenue. J’imaginai celle d’un personnage féminin, une héroïne, celle d’un mythe, une Carmen, Norina, Despina où encore Octavie….

Du cote de chez chose       Bref….Je voulais vous indiquer là où  » Du côté de chez chose » s’est retrouvée et vous inviter à une réflexion non pas sur ma capacité à faire du hors sujet mais sur ce que peuvent produire des indications scénographiques comme effets étranges.

Je pris le train depuis Rouen rive droite, telle est encore son nom, en direction de Bernay chercher un acolyte puis nous nous dirigeâmes vers Caen.

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Le finissage (c’ était le nom de notre RDV) avait lieu un samedi de mars 2018.  Je savais, à ce jour, que je n’avais pas remporté le tirage en 3m x2m installé sur le fronton (c’était le prix du dit concours)….J’avais vu, depuis leur site et Facebook, les gagnants du jury et du public. Deux photos en couleur dont une sur l’idée de miniature et l’autre, très phallique, avec une grue jaune. Ce que je ne connaissais pas c’était la particularité de leur scénographie. Une fois arrivées (une grande salle à l’hôtel de ville), nous étions face à un spectacle parfaitement inattendu. Beaucoup de monde. Des panneaux blancs plantés de chaque côté qui nous crachaient au visage de très grands formats couleur ou noir et blanc et au milieu en guise de faux monde du milieu,  une bande. Au ras du sol, qu’on enjambe ou vers lequel on se penche désespérément, des photos en fil indienne sans cartels, sans logique. Avec, à côté d’elles, la poussière du bas monde pour culture. Ces photos ne semblaient être là que pour indiquer leur indigence de perdantes. Moi, comme tous ceux du bas, nous avons assister à une leçon parfaitement irrespectueuse. Sans déontologie aucune, les membres du jury avaient leur nom qui claquaient de toutes parts et tels des géants ils nous ramenaient à notre usage amateur de l’outil photographique: superbe.

C’est dans ce bruit moche que  je suis allée chercher « du côté de chez chose ».

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Histoire de parfaire le tout, une publication, tout aussi moche que l’affiche et que tous les visuels conçus pour l’évènement, était sortie pour l’occasion.

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Une maltraitance supplémentaire…(On aperçoit la grue, c’est la 2ème à droite). Je n’étais plus en mesure d’écouter la personne en face de moi. Une idée en tête, rentrer, réfléchir à mon concept ODC et reprendre la structure narrative que j’allais imposer à mes images et la gymnastique cérébrale à ceux qui se trouveraient, peut- être, en face; le tout sans vouloir faire trop de mal….Le retour fut très long, le bus ou le train, direction Rouen ou Paris, tout semblait s’emmêler dans ce désordre caennais. Était-ce le chaos des géants maltraités qui se manifestait? Était-ce « du coté de chez chose » qui ne savait plus trop quoi faire de moi?

la seule consolation de l’instant fut une photo depuis le bus dans lequel j’étais mais que pourtant je ne pris pas, qui, en soi, n’est pas terrible mais c’est à la lettre « I » que se plantait cet homme, j’y vis alors un dernier message.

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Dernière nouvelle:   https://www.facebook.com/ipl.poe

A suivre….

Fleurs sur trou

FLEURS SUR TROU.

MoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMoMo

«Je soigne mes apparitions sans avoir conscience de ma disparition immédiate, possible.
L’individu du dehors est fâché avec ma définition de la culture.
Les actions solidaires au travail ont perdu en grâce, à croire que le partage n’a de droit commun que lorsqu’il est lié au plaisir.
L’autre est une source de plaisir et d’excitation.
Je vous montre, je vous le montre.
L’autre c’est un collègue de travail, une voisine, une personne croisée dans un supermarché ou sur un trottoir.
C’est être cultivé que de considérer et de soutenir l’autre dans une difficulté dans cette société appauvrie où on singe par roublardise la mise à mal de la déontologie et le principe humain.
Les uns et les autres vont et viennent, abrutis par tous ces spots publicitaires méprisants et illusoires en oubliant de se soucier de quoi, plus que de, qui que ce soit.
L’autre jour, en sortant de chez moi, j’ai essayé de me faire une place de spectateur c’est- à dire de me poster à un endroit où je pourrais apprécier certaines situations.
Là, angle, passage, trottoir, ils soignaient leurs entrées, leurs apparitions, leurs prétentions salariales accrochées comme une corde à leur cou avec pour toile de fond ces affichages vulgaires de magazines fientes, scindant ainsi le monde en deux catégories: Celle des visibles et celle des invisibles.
J’ai considéré ces coups de crocs publicitaires avec un œil, comment dirais-je, plus outillé: J’ai pu voir des photos de vaches accolés à des visages vilains aux expressions stridentes de débilité évidente.
J’étais face à ce kiosque à journaux, interpellé de toutes parts par ces porcs au service d’un pouvoir abject et ayant pour fascination la réussite par la régression.
Puis, j’ai pensé très fort à ma femme à cet instant, une suée, une fièvre, une forte décharge secoua chacun de mes membres, j’ai sentis poindre l’effervescence de ma colère.
Je hurlai, le feu en bouche: Où en est la Femme? Où en est la femme, l’image de la femme, le symbole, la fierté d’être une femme indépendante et libre qui a autre chose à foutre que d’avoir pour provocation quotidienne ces nullardes formatées pour que ces messieurs puissent s’emmerder à se branler!»

IPPE