Battlestar Galactica/ La perfection narrative.

Il me parait impossible de faire l’impasse sur l’importance capitale de cette série tant sa structure narrative, ses portraits et son montage comportent les clés essentielles à tous traitements dignes de personnages et de situations. Ici, la saison 2 est mise à l’honneur.

1. L’art du portrait.

Kara « Starbuck » Thrace.

site batt

2. L’art de la scène.

Le traitement du personnage de l’Amiral Cain est théâtral, on apprend par son second, Jack Fish, la plupart de ses actes de tortures et on mesure l’ampleur de sa cruauté crescendo. Cette tierce personne apporte les éléments capitaux pour mesurer la dangerosité de Cain, ce qui accroit l’enjeu de l’affrontement entre les deux personnages, que sont Cain et Adama.Ce face à face comporte des mécaniques narratives très intéressantes, avec des phénomènes de miroir, de révélateur, cette opposition stratégique met en lumière des traits de psychologie jusqu’alors inexplorés, notamment ceux de Kara Thrace dans son discours sur Cain lors des obsèques de cette dernière par exemple. On mesure l’importance de la vengeance du modèle 6 lors des épisodes suivants, peut- être Gaïus Baltar aurait-il dû la tuer, mais alors la signification de la justice perdrait son sens, de même lorsque que Sharon- Numéro 8- reprend le discours qu’elle qualifie d’improvisé d’ Adama et qu’elle prononce cette phrase:  » l’Humanité ne sait jamais demandée pourquoi elle méritait de survivre ». (Seraient-ce les codes clés pour mettre fin à la binarité si souvent présente dans l’écriture scénaristique française actuelle!)

pegasus2« Une façon d’explorer un mot, un terme, un personnage avec toutes les strates nécessaires à sa subsistance est ici rapportée ».

3. La maîtrise des codes du langage.

L’universalité des codes du langage est, dans cette scène, très bien traité, il met en évidence, en valeur, deux scènes, une d’envergure et une personnelle.L’humain et la société telle une hyper structure que seraient cette bataille phénoménale entre la flotte Cylon et Les vaisseaux Battlestar Galactica et Pegasus par exemple mais on peut y voir également des résonances spirituelles, mystiques et antiques.

Le montage rythme l’ensemble, ces images sont sonores puis deviennent symphoniques.Les thèmes de la guerre, de la vulnérabilité de l’homme sont traités en opposition de cadence, l’homme seul est au sein d’un même espace, le champ de bataille, sa fragilité est décuplé par sa présence sans protection hormis sa combinaison qui par malchance est percée, sa survie est en ce sens menacée d’une manière nominative.La complexité du personnage d’ Apollo apparait dès lors, lorsque par ce choix surprenant quant à tout d’abord protéger et empêcher de perdre davantage d’oxygène, puis à enlever sa main et accepter de mourir.

flotte explosion

4. L’allure des décors.

L’Efficacité des décors sur notre inconscient collectif, générationnel ou non, est imparable, à la fois, SF, anticipation, combien d’univers esthétiques et graphiques avec chacun sa propre charte nous sont narrés ici.

La saga Star Wars, 2001 L’odyssée de l’espace, Outland, Blade runner, Abyss… L’importance majeure de la couleur, qui sacre aujourd’hui une ambiance telle une marque par cette identité visuelle, les tons sont de toutes les teintes, froids mais pas à la manière de « Cold case » ou « Without a trace », sombre, chauds, parfois très jaunes.L’uniforme vert reptile des chasseurs et le bleu marine des officiers amènent une fausse neutralité.Le rouge, la robe du numéro 6, qui ne cesse d’apporter ce contraste, cette « contrariété » presque trop visible appartient à la marque Battlestar Galactica, de même que la blondeur des deux personnages féminins les plus forts, Thrace et surtout le blond platine du numéro 6, référence immédiate à Hitchcock.Ce chiffre, le 6, qui me fait immédiatement penser à l’excellente Série du « Prisonnier » avec cette phrase, « you’re number six – et cette réponse: » I’m not a number, i’m a free man ».

Ce qui permet à la série de bien vieillir hormis la technique (à bords des vaisseaux), la technologie 3d pour l’image et plus encore, qui peut manquer peut-être, c’est la place accordée à la sophistication. Par sa stricte expression de ne pas trop en montrer, de ne pas trop en faire, pas de monstre, pas de costumes exceptionnels, nous sommes dans le pragmatisme des combats, les Cylons nous ressemblent, les corps et le choix physique des personnages quant à leur beauté fait la différence, ils ne sont pas tous beaux, ils ne sont pas tous athlétiques et sont ainsi plus forts pour la « mémorisation ». Et puis, parlons du générique et du « Previously » ainsi que du teasing.

générique

5. La marque des Génériques.

La sans cesse confrontation des rythmes musicaux, des sons apporte une richesse sonore permissive.Ils ouvrent et peuvent tout s’offrir en terme d’ambiances, de sujets car l’identité est multiple merci à Bear McCreary, mais ce qui m’intéresse c’est l’ordre et l’efficience de cet ordre d’apparition des précisions sur les Cylons.La présentation est édifiante, Les Cylons ont été créés par l’Homme, ils ont évolué, ils se sont rebellés, c’est la précision suivante qui parfait l’histoire. Le jeu commence, il existe plusieurs copies. Ensuite s’ajoute ET et non mais, et ils ont un plan. Puis c’est le « previously », un rappel qui possède toujours un excellent montage, puis nous sommes situés, là, c’est Caprica/Flash back, retour sur le Galactica où Laura Roslin, la présidente des 12 colonies(parfois, association d’idées oblige, l’armée des 12 singes), est mourante, alternance flash back Caprica et Galactica, les rideaux en plastique sont tirés, le générique nominatif commence sur cette très belle voix, les paroles sont issues d’une prière parmi les plus connues de l’hindouisme, le Gayatri Mantra, ce mantra est le plus sacré des Veda, c’est une invocation au soleil et une métaphore pour invoquer l’Existence qui illumine nos consciences quotidiennement.Cette fable écologique et humaniste a pour certains des allures de space opéra, je n’aime pas cette définition, elle traite beaucoup de Dieu, de notre conscience, de notre éveil et de ce qui fait loi.Je ne vais pas davantage étudier ce sujet car mon énoncé est ce générique, cette présentation, ce portrait qui nous est dressé des Cylons.Les copies, la résurrection, l’immortalité des Cylons, on pense à quelque chose qui nous dépasse, qui peut nous trahir, car quel visage a l’ennemi, puisqu’il est d’entrée de jeu notre ennemi, notre ennemi peut-être notre ami et surtout nous même,  ambivalence et paranoïa.L’utilisation de la conjonction et, ce qui nous menace, nous excite, savoir quel plan et nous fait comprendre que les Cylons sont redoutables. Nous les avons créés. » Mourir plusieurs fois c’est atroce » , ils ont de la mémoire, ils se souviennent, ils aiment, ils ont une mission….Il suffit de 5 phrases pour nous inviter à appréhender cette série, ce générique préfigure la perfection narrative de Battlestar Galactica.

In 1964, Hitchcock stops the colours.

marnie 1Marnie.

She has no references at all, Man and a good name don’t go together, my daughter is the private secretary to a millionaire, we don’t need man mama, decent woman don’t have need for any man, why don’t you love me mumy? What’s wrong with me, I said supper is ready. »  marnie 2Good hard demanding work, I train her to trust me, instinctual behaviour, lady’s instinct to? The instinct of predator. Stop the colours, it’s over, all over. I like horses, noblesse oblige, the inside of a man or a woman is the outside of a horse, I don’t have anybody, insurance, we establish that you’re a thief and a liar, now what is the degree, you can take legal position, 42 thousand dollars plus taxes, pay off Strutt, wives follow husbands to front door, 116 Van Buren street, mama, don’t cry, I’m a big movie fan, I know the game, come on let’s play, water, air, sex, death, needles, black, red, white, white, help me, if you tell my mother about me, I kill you, get out, I’m decent. »

marnie 3marnie4A silent plan.
Une de mes scènes favorites, la lenteur et la mise en place, 42 minutes et 9 secondes. Puis le silence est total, 43 minutes et 5 secondes, pas de musique, pas de voix, la stricte observation sans dissipation. Elle arrive de dos, pousse la porte de ces toilettes pour dames sans saluer personne, à peine si on la remarque, elle attend, dans cet mi-ombre magnifiée, l’instant va durer, elle nous place dans cette même définition du temps, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun bruit. Elle sort, de dos, encore de dos, de profil avec son sac posé sur le lavabo, puis la tension monte, elle sort, se dirige, prend son sac, la clé, laisse la porte du bureau grand ouvert, regarde le code, il nous est donné à voir, nous sommes témoins et solidaires de son acte, son gant, la poignée, le coffre s’ ouvre, elle s’affaire à remplir son sac de billets, beaucoup de billets. La caméra se déplace sur l’arrière et le plan s’ouvre, la scène devient duel. 45 minutes.

marnie 5 marnie 6A Stressful Duel.

Deux mondes, deux femmes, deux âges, deux générations, travaillent, 45 minutes 45 secondes, elle réalise la présence de cette autre femme. De ce gris opulent à gauche, répond le marron, le bois, la noblesse du bois de ce bureau est accolé à ce gris industriel et stérile.Les tenues des deux femmes se marient à leurs deux univers respectifs, Marnie fait figure de jeune femme, maîtresse du puissant patron, à qui la vie va sourire, qui, sous peu, ne manquera de rien mais elle vole, un viol est ici raconté. Attendre sa proie, la prendre, l’avoir sous son contrôle, la dominer, le ventre de ce coffre s’ouvre et c’est l’argent de Rutland, de cet homme qui la touche et de sa future belle sœur qu’elle dérobe. Cette porte grise en plein milieu qui divise, sert de frontière entre deux mondes. Marnie, pourrait venir de celui là, une origine modeste, grâce à son refus et à son désir d’ affranchissement, en somme grâce à un instinct de survie très développé, elle décide de voler, de changer de camp, c’est l’évolution de son espèce, rien ne lui arrive, elle n’est pas prise sur le fait, sa chaussure tombe à terre, 46 minutes et 26 secondes, elle perd ce temps précieux pour les enlever et pour les remettre mais personne ne l’entend ni ne l’a voit.Par chance, l’employée du ménage est dur d’oreille et le jeune homme ne regardait que dans une seule direction.Le son et la vue sont les sens réfutés de cette scène extraordinaire. Les bruits de pas du jeune homme se font entendre, 46’41 Le mot, « Big Rush « apparait comme s’il perçait d’un coup ce sourd instant, 46’50 soit près de 3 minutes 40 de silence!

marnie 7